Association Nationale des Villes et Pays d’Art et d’Histoire et des Villes à Secteur Sauvegardé et Protégé

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Discours d’Yves Dauge à l’occasion de la commémoration du cinquantenaire de la loi Malraux

LA LOI MALRAUX

« Cinquante ans ! et maintenant ! »

Après ces 50 ans d’application de la Loi Malraux, un bilan exceptionnel peut être présenté. Cependant, cette politique n’est pas encore perçue dans toute sa dimension urbaine.
Certes, le résultat patrimonial est visible et demeure une dimension fondatrice. Mais, les secteurs sauvegardés au cœur des politiques urbaines ont aussi permis progressivement d’apporter beaucoup plus et nous appellent à aller plus loin : Ils ont contribué à donner du sens, de la cohérence aux stratégies de développement des villes, de la « ville durable ». Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur est un document d’urbanisme d’une richesse reconnue qui « diffuse » toutes les valeurs, les fondements historiques de la ville, son identité à tous les autres documents qui lui apportent en retour l’indispensable vision du territoire, y compris dans sa relation avec l’espace périurbain, rural, agricole. Le centre ne peut être protégé, aménagé, valorisé sans cette cohérence territoriale.
Un des enjeux des années à venir est donc de participer à la poursuite de la construction de cette cohérence trop souvent rompue. C’est la condition du progrès pour une ville plus renouvelée, plus solidaire, autour d’un projet d’aménagement et de développement durable (PADD) prenant en compte les « orientations d’aménagement » que posent les documents de planification.
La loi S.R.U. donne la base juridique de cette politique. Elle doit être fortement rappelée et mise en œuvre au plan national et local.
Avec le logement, et en particulier le logement social, c’est également une autre dimension des plans de sauvegarde qu’il faut réaffirmer et développer. Un centre sans habitants, meurt socialement, culturellement, économiquement. Les plans de sauvegarde ont pris en compte cet aspect, beaucoup a déjà été fait, mais il convient d’accentuer les efforts engagés. Le retour des habitants vers la ville, vers les centres doit marquer profondément la ville durable que nous voulons. Cette volonté doit se traduire par des moyens qui lient profondément habitat, services publics et privés, commerces de proximité. Nous sommes au cœur de nouveaux contenus qui, loin d’être en contradiction avec l’approche patrimoniale, s’appuient au contraire sur elle en réutilisant les grands équipements publics d’hier, tels que les casernes, les hôpitaux pour leur redonner de nouveaux usages et en retravaillant les ilots anciens jadis habités et aujourd’hui, en partie, vides en y apportant le confort, la mobilité avec l’arrivée des transports publics. Nos centres villes possèdent encore un nombre trop important de logements vides à remettre sur le marché. Ils peuvent aussi être à l’origine de nouvelles constructions de logements neufs. Ce sont ces nouveaux contenus qui vont produire au cœur de la ville les projets urbains profondément ancrés dans le tissu renouvelé qui participeront au projet urbain de la ville tout entière.
Un troisième enjeu apparaît. C’est celui de la réduction des écarts de croissance et de richesse entre villes. C’est l’enjeu de l’aménagement des territoires ou de l’égalité des territoires. On connaît la crise des villes pauvres de nos banlieues. On connaît moins la crise de l’appauvrissement, de la baisse démographique d’un nombre important de villes petites et moyennes dans certaines régions, notamment du centre, de l’est et du sud. Or, beaucoup de ces villes sinon toutes, possèdent des patrimoines monumentaux et urbains remarquables. Certaines ont déjà engagé des politiques en faveur de leurs centres historiques, d’autres pas encore. C’est vers ces villes qu’il faut engager prioritairement l’effort pour la prochaine décennie en y retravaillant et lançant une nouvelle génération de secteurs sauvegardés avec des moyens adaptés et renforcés. C’est d’abord par une revitalisation de leurs centres que ces villes retrouveront une attractivité, un dynamisme.

Pour prendre en compte ces enjeux, faire face à ces défis, l’Etat doit retrouver le volontarisme et l’ambition des fondateurs de la loi Malraux il y a 50 ans. Il faut un nouvel acte politique fort pour engager la mobilisation des ministres concernés, des élus, des professionnels pour consolider, approfondir ce qui a été engagé et pour prolonger l’action avec une nouvelle géographie de villes. Cet objectif nécessitera un engagement des ministères concernés, en particulier en renouant les liens entre ceux de la culture, de l’écologie, du logement et de l’égalité des territoires, liens aujourd’hui trop distendus.
Il nécessitera aussi un retour à l’opérationnel par la mise en place d’opérateurs, chefs de file pour conduire des politiques complexes sous l’autorité des élus sachant mobiliser et mutualiser les dispositifs financiers dont certains seront renforcés (PNRQAD, Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés).
Il nécessitera enfin le retour à la contractualisation à l’exemple des contrats « villes moyennes » qui ont parfaitement lancé, en leurs temps, des programmes d’action conçus et mis en œuvre avec une réelle efficacité. Certes, les contenus ont évolué, les pratiques aussi, le rôle des collectivités aussi. Dans cette nouvelle étape, l’Etat gardera son rôle mais les secteurs sauvegardés évolueront pour devenir plus que par le passé, porteur de développement. On reconnaîtra alors le rôle décisif des élus, notamment par l’engagement et le soutien des maires de l’Association Nationale des Villes Pays d’Art et d’Histoire et Villes à Secteurs Sauvegardés et Protégés.

Pour donner un caractère concret à cet acte politique, une initiative doit venir du Ministre de la Culture dont le rôle central doit être réaffirmé et soutenu. A son appel, il est urgent que les trois ministres directement concernés se mettent d’accord, qu’un texte soit approuvé entre eux. Ce texte devrait pouvoir donner lieu à un interministériel plus large (Finances, Tourisme, Villes…), puis à une communication en conseil des ministres, à une circulaire commune. Plus tard, la loi patrimoine pourra traduire certains éléments, mais c’est maintenant qu’il faut agir, réagir.
Je me réjouis que la Commission Nationale des Secteurs Sauvegardés que j’ai eu l’honneur et le grand plaisir de présider pendant 10 ans, ait été renouvelée, présidée par un ancien collègue, le Sénateur Maire de Grasse, Jean-Pierre Leleux. Une nouvelle étape s’engage.

le 8 Janvier 2013.
Yves DAUGE.
Adjoint au Maire
Ancien Sénateur,
Ancien Président de la Commission Nationale des Secteurs Sauvegardés,

 

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